Ecrivain et journaliste, c’est l’une des romancières les plus appréciées du public français. Elle vient de publier « Les Naufragés de l’île Tromelin» aux éditions Michel Lafon.Vous êtes bretonne mais vous avez aussi des attaches dans les pays de la Loire...
Oui, car la Loire se jette majestueusement dans l’Atlantique du côté de Saint-Nazaire, et c’est donc, entre Nantes et Le Croisic, un fleuve breton. Par ailleurs, au Moyen-Age et à la Renaissance, nombre de Bretons ont émigré en Pays de Loire et s’y sont regroupés dans des quartiers des villes nommés les “bretonneries”. Ils sont souvent devenus vignerons, et le coteau exposé au sud où ils avaient leurs vignes donnait un vin communément appelé le “breton” ou “berton”. Dans les romans de Balzac, on trouve encore ce mot pour désigner les vins de Loire.
Qu’appréciez-vous dans cette région ?
J’aime sa sérénité. Elle est souvent factice, le pays a quelque chose d’insaisissable, parfois, mais cela le rend très romanesque, justement. Et j’y éprouve aussi le sentiment puissant de vivre dans un pays chargé d’une très longue histoire. La craie de son tuffeau, ses caves sous la roche, les caprices de la Loire, l’harmonie gris-bleu entre le ciel et les eaux ont quelque chose de médiéval qui nous ramène, tantôt aux contes de fées ou aux légendes de chevaliers, et tantôt à la truculence de Rabelais. Plus ce côté, comme je l’ai dit, mystérieux, en dépit de son apparente limpidité, il renvoie, lui aux secrets de famille façon Balzac ou Hervé Bazin... Poésie, truculence, raffinement et rusticité, clarté et noirceur secrète, tout y est !
Vous êtes une vraie gourmande. Sa gastronomie et ses vins vous séduisent sûrement…
De nombreuses petites tables égrenées tout au long de la Loire ou du Loir offrent des saveurs délectables et très créatives, des tables simples et chaleureuses. Les fromages de chèvre ou les cendrés sont d’une variété qui m’enchantent – le mieux, pour les trouver, c’est d’aller sur les marchés. Au printemps, j’y trouve aussi des asperges et des fraises à tomber. Je suis également fan du Chinon. Mais je suis très éclectique : les rosés d'Azay le Rideau sont d’excellents vins d’été, comme l’appellation Touraine. En général, ils sont parfaits pour les repas sur les terrasses en plein air. Dans ma cave près de Vendôme, je fais vieillir des Vouvray pétillants amoureusement dégustés et choisis. Le Savennières et le St Nicolas de Bourgueil ont également ma faveur, ce dernier souvent sur les poissons. Enfin, à l’apéritif, je chavire très souvent pour des bulles rosées de Saumur ! Et quand je chavire... je ne vous dis pas!
Et avec les huîtres, dont vous raffolez ?

J’adore le Muscadet, c’est un souvenir d’enfance. Tous les dimanches, et strictement pendant les mois en “ r” , nous avions droit aux huîtres de Belon qu’on dégustait avec du pain de seigle très noir enduit de beurre salé, et j’avais rituellement droit à trois millimètres de Muscadet au fond de mon verre. Sa légère acidité se mariait parfaitement à celle, infiniment plus violente, mais savoureuse aussi, du jet de citron sur l’huître. Toutefois, je ne déteste pas marier les huîtres à des vins rouges un peu médiévaux de la région de Saumur, Chinon, St Nicolas de Bourgueil.
Quel accord aimez-vous particulièrement ?
Je suis si curieuse et si attentive aux moments de délectation gustative arrachés à la vie, que je ne saurais choisir. C’est comme si vous me demandiez de choisir entre les livres de ma bibliothèque. Je prends tout. Je ne veux renoncer à rien, j’aime trop la vie et ses plaisirs, qu’ils soient d’ordre physique ou intellectuel ! Et chaque fois que je rentre de mes voyages lointains où, malgré ma passion des horizons inconnus, tous ces plaisirs ont fini par me manquer, je les retrouve avec un bonheur tout neuf... C’est aussi cela, l’épicurisme : retrouver la suave fraîcheur dans l’émotion des tout débuts...
Propos recueillis par Frédérique de Granvilliers